Présidentielle 2027 : six profils sectoriels face au risque politique

Perspectives de marché
06.11.2026
4 minutes
    Thomas Zlowodzki
    Head of Equity Strategy, ODDO BHF

À l’approche de l’élection présidentielle française, les secteurs ne présentent ni la même exposition ni les mêmes vulnérabilités. Taux d’intérêt, coût du travail, fiscalité, soutien à la recherche, risque souverain et réglementation dessinent six profils distincts, dont la sensibilité varie selon les scénarios politiques.

La portée économique du scrutin dépendra autant de son résultat que de la majorité issue des élections législatives. Trois orientations se distinguent néanmoins : une intervention publique renforcée dans le scénario de La France insoumise, une plus grande continuité réglementaire avec le bloc central (Gabriel Attal / Edouard Philippe / Bruno Retailleau) et une priorité donnée au pouvoir d’achat et à la souveraineté dans celui du Rassemblement national. Leurs effets devront être appréciés secteur par secteur, selon leur degré d’exposition au marché français, la localisation des activités, l’endettement et de la dépendance aux décisions publiques.

Parmi les 21 secteurs couverts par l’étude complète, six grandes typologies méritent une attention particulière en raison de leur sensibilité aux différents scénarios politiques et de l’ampleur de leurs impacts potentiels. Elles regroupent l’immobilier, la construction et les concessions ; les activités intensives en main-d’œuvre ; les logiciels, services informatiques et biotechnologies ; les banques et les assureurs ; les secteurs fortement régulés ; ainsi que les industries mondialisées.

L’immobilier, la construction et les concessions figurent parmi les secteurs les plus directement exposés. Une hausse durable des taux pèserait sur la demande, les valorisations et le refinancement, tandis que les politiques de logement, les budgets d’infrastructures et la stabilité des contrats détermineraient l’activité. Le bloc central privilégierait la continuité et l’investissement privé, sous contrainte budgétaire. Le Rassemblement national soutiendrait davantage l’accession à la propriété et la construction, alors que La France insoumise renforcerait l’encadrement du marché et le rôle du secteur public.

La distribution, la restauration, les services aux entreprises, l’hôtellerie et certaines activités de santé sont particulièrement sensibles au salaire minimum, aux cotisations sociales et au temps de travail. Des mesures favorables au pouvoir d’achat pourraient soutenir la demande, mais leur effet serait confronté à une hausse potentielle des coûts d’exploitation. Dans le scénario de La France insoumise, le soutien potentiel à la consommation pourrait être contrebalancé par une augmentation des coûts salariaux et des contraintes réglementaires, exerçant une pression accrue sur les marges. Le bloc central offrirait davantage de stabilité, tandis que le Rassemblement national présenterait un profil plus partagé entre soutien à la consommation et incertitudes sur le marché du travail et les approvisionnements.

Pour les logiciels, les services informatiques et les biotechnologies, l’enjeu principal porte sur le crédit d’impôt recherche, dont dépend une partie du coût de l’innovation en France. Le bloc central s’inscrirait plutôt dans la préservation du dispositif. Le Rassemblement national chercherait à le conditionner au maintien des activités sur le territoire, tandis que La France insoumise privilégierait son remplacement par un financement public direct. La confiance des entreprises, les budgets numériques et l’accès aux financements renforcent cette sensibilité, en particulier pour les acteurs les plus domestiques.

Les banques et les assureurs seraient principalement affectés par une évolution du risque souverain français. Une hausse de la prime de risque pourrait renchérir les financements, ralentir le crédit et peser sur l’activité économique. Le bloc central offrirait un cadre plus favorable à la continuité des activités financières, sous réserve d’un ajustement budgétaire crédible. Le scénario du Rassemblement national combinerait des mesures de simplification avec des incertitudes sur la trajectoire des finances publiques, susceptibles d’alimenter le risque souverain et de peser sur les conditions de financement. Celui de La France insoumise entraînerait, en plus de la dégradation nette du risque souverain, une évolution plus profonde du cadre applicable aux banques et aux assureurs, à travers un renforcement de la réglementation, de la fiscalité et de l’intervention de l’État.

Ces secteurs partagent une forte dépendance aux décisions réglementaires et aux choix de souveraineté. Organisation du marché européen de l’énergie, soutien à l’électrification, aides à l’automobile, financement de l’audiovisuel, concentration des médias et contrôle des infrastructures numériques constituent autant de lignes de fracture. Le bloc central favoriserait la continuité des cadres actuels. Le Rassemblement national accorderait davantage de place à la souveraineté nationale, notamment dans l’énergie et le numérique, ainsi qu’à la renégociation des mécanismes européens de fixation des prix de l’électricité. La France insoumise privilégierait une intervention publique et un encadrement plus importants.

L’aéronautique, la défense, les semi-conducteurs, certains biens d’équipement et les gaz industriels bénéficient de débouchés internationaux qui limitent leur dépendance à la conjoncture française. Leur exposition subsiste néanmoins à travers la fiscalité, le coût du travail, les aides à la recherche et les politiques industrielles. Le bloc central préserverait une logique de coopération européenne et de soutien à l’investissement. Le Rassemblement national mettrait davantage l’accent sur la production nationale, tandis que La France insoumise privilégierait une intervention publique plus directe dans le financement de la recherche et de l’industrie. Le renforcement des obligations sociales et de l’encadrement du marché du travail pourrait parallèlement accroître les coûts et réduire la flexibilité des activités implantées en France.

Le risque politique français ne se traduit pas par une opposition uniforme entre secteurs favorisés et pénalisés. Les activités domestiques, endettées, intensives en main-d’œuvre ou fortement régulées cumulent les principales vulnérabilités. Les groupes mondialisés disposent d’une protection plus importante, sans être totalement isolés des choix fiscaux, industriels et européens.

Le risque politique français ne se traduit pas par une opposition uniforme entre secteurs favorisés et pénalisés. Les activités domestiques, endettées, intensives en main-d’œuvre ou fortement régulées cumulent les principales vulnérabilités. Les groupes mondialisés disposent d’une protection plus importante, sans être totalement isolés des choix fiscaux, industriels et européens.

Les trois scénarios se distinguent avant tout par le degré de continuité réglementaire, la place accordée à l’État et les modalités de soutien à l’économie. Pour les investisseurs et les acteurs économiques, l’analyse devra donc porter moins sur le seul résultat électoral que sur les canaux de transmission propres à chaque typologie sectorielle.

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