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Philippe Oddo dans Euro am Sonntag: Les actions ont un avantage certain !

Traduction libre de l'article allemand "Aktien haben einen klaren Vorteil"

Retrouvez l'original en allemand ici: 

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"Les actions ont un avantage certain"

Philippe Oddo, "qui dirige de l'une des plus grandes banques privées européennes, ODDO BHF, revient pour Euro am Sonntag sur la situation actuelle des petites et moyennes entreprises, des marchés post-Covid et sur l'apparition d’une certaine fatigue des « Zoom »".

Il est considéré comme un entrepreneur, qui a bâti son entreprise lui-même, sur ses propres mérites : Philippe Oddo, né en 1959, est issu d'une famille de banquiers. Les origines d'Oddo & Cie se trouvent dans le Marseille du XIXe siècle ; la banque s'est ensuite installée à Paris et est maintenant basée au cœur de la ville sur la place de la Madeleine. Malgré toute la tradition, c'est Philippe Oddo qui, avec beaucoup d'habileté, de ténacité, de patience, de chance et avec une vision claire, a bâti une banque privée franco-allemande et, plus récemment, Suisse, de stature internationale à partir d'une banque française assez modeste, aujourd'hui l'une des plus importantes d'Europe. En France, M. Oddo est moins considéré comme un banquier de longue date que comme un homme d'action. C'est le patron qui tient toutes les ficelles chez ODDO BHF.

Et c'est également lui qui prend les décisions : si vous regardez l'histoire de la banque, vous remarquerez les nombreuses acquisitions qu'Oddo a faites, d'abord en France, pour développer l'institution. Il a fait ses premiers pas en Allemagne en traversant le Rhin en 2014 avec le rachat de la banque de commerce de titres Close Brothers Seydler à Francfort. Cette opération a été suivie, un an plus tard, par le rachat du fournisseur de fonds Meriten Investment Management, basé à Düsseldorf. Cela a permis à Oddo de mettre un pied dans le marché allemand. Le chef-d'œuvre du Français en Allemagne a eu lieu en 2016 : après une rude guerre à l’enchère avec le groupe chinois Fosun, Oddo l'a emporté et a repris la banque traditionnelle BHF de Francfort, quelque peu déficitaire, mais toujours aussi renommée.

 

La classe moyenne et les clients fortunés

La voie était désormais libre pour mettre en œuvre sa vision d'une banque transnationale, initialement franco-allemande. Pour ce faire, il a dû coordonner et, dans certains cas, fusionner les différentes banques et activités. Grâce à la BHF Bank, Oddo a eu accès à un certain nombre de clients privés fortunés, également originaires d'Allemagne, et de plus en plus des clients de classes moyennes.

Mais Oddo ne semble pas avoir atteint la fin de ses plans d'expansion. Cette semaine, il a étendu son empire bancaire en faisant l'acquisition de Landolt & Cie, la plus ancienne banque de Suisse romande, fondée en 1780 et basée à Lausanne et à Genève.

 

Une relation de longue date avec l'Allemagne

Le cheminement personnel a conduit Oddo en Allemagne dès son plus jeune âge. Alors qu'il était encore à l'école, il a passé plusieurs mois dans un internat sur le "Rhin inférieur", près de Clèves. Plus tard, il a étudié à l'université de Cologne. Oddo raconte avec humour l'époque où il était étudiant dans la ville du Rhin, où la vie était belle : "A l'époque, il étudiait peu, mais il apprenait beaucoup. Oddo parle très bien l'allemand et ne passe que très rarement au français ou à l'anglais quand il s'agit vraiment de nuances particulières." À la tête d'une banque qui, il y a encore quelques jours, était franco-allemande, il passait trois jours par semaine à Francfort. À l'avenir, la Suisse deviendra également une destination très fréquente.

Nous avons parlé à Philippe Oddo après le Forum Oddo BHF, qui a eu lieu pour la 24ème fois début janvier et qui est maintenant considéré comme l'une des plus importantes conférences pour les petites et moyennes entreprises en Europe. En raison de la pandémie, il ne s'est pas tenu cette année à Lyon, en France, comme c'est habituellement le cas, mais a été organisé entièrement en ligne.

 

EURO AM SONNTAG : M. Oddo, vous venez d'accueillir le 24e Forum Oddo BHF. Quelles sont les grandes questions qui y ont été abordées ?

PHILIPPE ODDO : Cette année, notre événement s'est déroulé dans le contexte difficile que chacun connaît et qui aurait allègrement pu justifier un report ou une annulation; toutefois le changement politique aux Etats-Unis ou le lancement erratique des vaccinations contre la Covid-19 en Europe, pour ne citer qu'eux, faisaient partie de ces éléments de contexte qui a contrario pouvaient justifier le maintien de notre événement, car le besoin d'information sur ces sujets était énorme en ce début de l'année. Ces élément ont  largement orienté les débats de notre Forum.

 

Quelles suggestions, informations ou messages essentiels en retirez-vous ?

Permettez-moi de commencer par les vaccins de la Covid-19 et les mutations du virus. Stéphane Bancel et Franz-Werner Haas, les PDG de Moderna et de Curevac, sont convaincus que leurs vaccins peuvent être rapidement adaptés aux mutations du coronavirus. Toutefois, ils ont également indiqué qu'il n'était à ce stade encore incertain que la propagation de la variante très contagieuse du virus puisse être endiguée efficacement. Néanmoins, de mon point de vue, ce sont des signes encourageants, également pour la reprise économique. Au sujet des États-Unis sous la nouvelle administration démocrate, l'ancien vice-président américain et prix Nobel de la paix Al Gore nous a donné l'espoir que les États-Unis retrouveraient une politique climatique, mais il a également mis en garde sur la probabilité d'une persistance de la rivalité avec la Chine qui ne devrait pas s'atténuera de si tôt. Il a clairement indiqué ce que les États-Unis attendent de l'Europe : s'engager à être un allié de l'autre côté de l'Atlantique.

Quelle impression avez-vous eu de l'état d'esprit des participants ? Qu'arrivera-t-il à l'économie et aux marchés financiers ?

Dans l'ensemble, j'ai été agréablement surpris par cette confiance. Beaucoup ont vu des signes avant-coureurs de la reprise, et même des entreprises durement touchées comme Air France ont présenté des stratégies sur la manière dont elles entendent revenir à leurs anciens succès dans quatre ou cinq ans. Plus de 1 000 investisseurs internationaux se sont exprimés et 300 sociétés européennes cotées lors de plus de 10 000 réunions - plus que lors de tout autre Forum précédent - et ce message de confiance a été rappelé par tous les participants.

Passons aux marchés. Quelles sont les constantes que les investisseurs doivent rechercher ? La rotation des secteurs est-elle permanente ? Et comment les actions technologiques vont-elles se comporter ?

Dans notre activité de gestion d'actifs, nous gérons les mandats de manière très active. Notre principale constante est la sélection d'entreprises de qualité. Il s'agit d'entreprises qui fonctionnent de manière rentable, qui ont des avantages concurrentiels identifiables, qui participent à des tendances à long terme, qui font preuve d'une durabilité supérieure à la moyenne et enfin qui sont raisonnablement valorisées. Cela inclut actuellement les entreprises à activité cycliques. Si les valeurs technologiques sont actuellement très appréciées, elles devraient continuer à bénéficier des tendances structurelles.

Quand pensez-vous que les perdants de la Covid-19 tels que les sociétés de voyage et de tourisme, le secteur aérien ou encore l'hôtellerie redeviendront intéressants pour les investisseurs ?

Les actions des perdants de la Covid-19 ont déjà récupéré une partie de leurs pertes. Cette évolution s'explique par les nouvelles positives concernant le développement de vaccins et la perspective de vastes campagnes de vaccination qui débuteront bientôt. Il est difficile de prévoir si et quand ces valeurs retrouveront leur niveau d'avant la crise. Il en va de même pour la question de savoir dans quelle mesure la crise du Covid-19 entraînera des changements de comportement à plus long terme, par exemple pour les personnes qui voyagent moins en général.

Quelles sont les évolutions de la crise que vous jugez irréversibles ? Quelles sont les entreprises qui en bénéficieront ? Quels sont les secteurs qui vous rendent sceptiques ?

La crise a accéléré de façon permanente nombre des tendances technologiques structurelles que nous privilégions. La vente au détail en ligne, les paiements sans numéraire et l'informatique dématérialisée en général ont non seulement connu un essor pendant la crise, mais nous pensons qu'ils continueront à se développer fortement à long terme. En revanche, nous avons évité certains secteurs comme les banques ou les constructeurs automobiles avant même la crise. Nous voyons ici des problèmes structurels, mais aussi le risque de défaillance de crédit lié à la pandémie.

Les marchés des actions se sont très bien comportés depuis l'effondrement de mars 2020, malgré la pandémie. Est-ce une tendance qui va durer ? Si oui, qu'est-ce qui le justifie ?

Nous prévoyons que les marchés des actions continueront à bien se comporter cette année, malgré les valorisations élevées actuelles. Nous prévoyons une reprise économique en 2021, ce qui augmentera les bénéfices des entreprises. En outre, les marchés boursiers bénéficieront des mesures de soutien mondial prises par les gouvernements et les banques centrales. La politique monétaire souple et les taux d'intérêt bas des banques centrales sont loin d'être terminés. Cela signifie que les actions continuent d'avoir un net avantage sur les obligations.

Vous avez vous-même donné le signal : Que pensez-vous des perspectives des obligations ?

Les rendements obligataires sont à des niveaux historiquement bas. Même avec des notations de crédit plus faibles et des échéances plus longues, seuls de maigres rendements sont offerts. Cela rend le marché des obligations peu attrayant pour les investisseurs. Dans ce contexte, nous évitons les obligations d'État et utilisons au mieux des obligations d'entreprises à plus courte échéance pour compléter nos portefeuilles.

Quelles régions préféreriez-vous en tant qu'investisseur au cours de l'année prochaine ?

Nous préférons actuellement les actions d'Europe et des marchés émergents. Ces derniers sont plus attrayants que les marchés américains. Nous sommes également positifs en ce qui concerne les perspectives de croissance des deux régions.

Voyez-vous plutôt un risque d'inflation ou de déflation, ou aucun des deux ?

La période de taux d'inflation négatifs dans la zone euro devrait prendre fin cette année, mais les hausses de prix devraient rester très modérées pour l'instant. Néanmoins, il est important d'être vigilant : une combinaison possible de croissance économique, de tendances protectionnistes, de pressions concurrentielles en baisse en raison de la crise de la Covid-19 et d'une politique monétaire très expansionniste crée une marge de manœuvre pour la hausse des prix, qui doit être surveillée de près.

Quelle a été l'expérience de la banque ODDO BHF pendant la crise ? Quels ont été les défis que vous avez rencontrés et que vous rencontrez encore à la tête d'une banque privée multinationale ?

La crise nous a tous confrontés à des défis particuliers. Non seulement d'un point de vue commercial et en termes de contact avec nos clients, mais aussi dans la manière dont nous travaillons ensemble. Cette nouvelle façon de travailler, avec une forte proportion de travail depuis le domicile, a très bien fonctionné pour nous et fonctionne toujours très bien. Mais ce n'est pas seulement dans la banque elle-même, mais aussi parmi nos clients que je ressens de plus en plus le besoin d'un contact direct. Les formats en ligne ne peuvent tout simplement pas remplacer un échange face à face ; de plus en plus souvent, j'ai récemment entendu le terme de "Zoom fatigue". Je peux très bien comprendre cela. Comment se porte notre banque en ces temps difficiles ? Bien sûr, nous devons continuer à être vigilants et prudents, mais je suis vraiment très satisfait du résultat malgré la crise du Covid-19.



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